Il n’y a pas si longtemps, le « marmaille pays » exilé dans le lointain hexagone n’avait que le courrier postal ou les appels téléphoniques pour conserver le lien avec sa famille. Aujourd’hui, il tchatte en direct avec sa web-cam, qu’il soit à Toulouse ou à la Côte de Beaupré, province de Québec, Canada. Cette connexion, souvenez- vous, a commencé par être institutionnelle : Protel, puis des médias comme RFO, organisaient de complexes visioconférences, qui nécessitaient matériel, rendez-vous, argent. Aujourd’hui, chaque salon est potentiellement un site de visioconférence… et les usagers ont pris les rênes de la communication. Lisez la liste interminable de sites recensés par Runweb (reunion.runweb.com) : en dehors de quelques institutions, tous sont animés par des privés, poussés par la fibre commerciale ou la simple envie de partager une passion. Cette prise en main par le privé reflète ce qui se passe partout : commentaires en direct de l’information, images « interdites » ou simplement originales circulant sur le Net, artistes se faisant connaître directement par le public… Sauf qu’à La Réunion, tout ça a pris des dimensions surprenantes.
Le premier problème est : comment communiquer entre Réunionnais dispersés sur la planète, ou simplement savoir comment va La Réunion quand on est à 10 000, 20 000 km ? Réponses : les sites communautaires (Réunionnais du Monde et autres), les sites d’information (presse, blogs, journaux, humeurs diverses) ou de photos et vidéos d’actualité. Second problème : comment montrer au monde cette Réunion si lointaine, si petit, si ignorée, si souvent confondue avec les Antilles et autres pays à cocotiers ? Réponses : les innombrables sites touristiques, culturels, historiques, musicaux, gourmands, écolos, sportifs qui pullulent sur le Net et se multiplient plus vite que nous n’écrivons.
Reste le troisième axe, qui marquera les années à venir (ou les mois, à la vitesse où vont les choses) : l’étape qui permet de passer de l’information à l’usage. Par exemple, pouvoir acheter la si belle photo qui est sur l’écran, s’inscrire dans la rando prévue pour dimanche, retrouver au bar du coin les autres Réunionnais de Perth, se faire livrer les épices indispensables à cette recette de massalé. C’est en chantier, et pas que sur les sites touristiques officiels. Même le très sage Cercle Généalogique de Bourbon répond sur le Net aux questions des amateurs de généalogie. On peut donc prédire, sans risque de se tromper, que La Réunion parlera et fera encore plus parler d’elle demain. parce qu’elle en a les moyens et qu’elle n’a plus peur.
Le site le plus emblématique de la
diaspora est sans doute « Réunionnais
du Monde » (reunionnais du monde.
com), formidable lien entre Réunionnais
de l’île et d’ailleurs. Les 406 pages de
l’annuaire des inscrits (le jour où nous
avons consulté : il y en a sans doute
plus aujourd’hui) et la carte associée
montrent une formidable dispersion
des Réunionnais sur la planète. Il faudra
bientôt montrer les endroits où ils ne se
sont pas encore aventurés…
Formidable inventaire à la Prévert sur reunion.runweb.com, qui donne une liste de plus de 200 sites
réunionnais ou concernant La Réunion : voyages et guides divers, blogs et chats, information, cuisine,
culture (des radios en ligne aux musiques, peintures, photos, livres…), nature et environnement,
informatique et internet, institutionnels, photos et vidéos, sports, loisirs, vie quotidienne, associations et
restaurants réunionnais « outre-mer » (en France, au Canada, en Belgique…) Une incroyable présence de l’île.
Présence en
développement
rapide aussi sur les
sites planétaires
que sont Wikipedia
et Google Earth, où
les pages et signets
Réunion se multiplient
à une allure folle.
L’inventeur du téléphone mobile se doutait-il qu’il servirait d’abord à s’envoyer, d’un bout de doigt agile, des messages à l’orthographe hautement folklorique ? Partout, les nouveaux outils de communication ont donné matière à des usages inattendus. Mais à La Réunion, cet inattendu prend des chemins parfois spécifiques. Par exemple, le développement ultra-rapide de l’Internet rapide est sans doute en rapport avec l’insularité : avec le Net, on a plus de choix d’information et de communication. En quelque sorte, d’autres fenêtres sont ouvertes, dans une île qui a en a singulièrement manqué au fil de son histoire. Le succès de la presse en ligne locale (Clicanoo et autres, blogs…) montre que le désir d’information instantanée ne concerne pas que celles qui viennent « du dehors » : La Réunion s’y est mise, et d’une manière singulièrement interactive. De même, l’essor des achats en ligne - et la création de sites marchands « pays » - est la version moderne de ce que furent, depuis un siècle, les achats par correspondance (Manufrance, Bon Marché et autres). Sans doute aussi la traduction d’autres désirs plus sensibles ici : obtenir des prix plus concurrentiels que sur le marché local, s’éviter des sorties et des embouteillages… On pourrait encore parler de l’achat de billets, de loisirs, d’hébergements : beaucoup de solutions restent à inventer dans une île tiraillée entre son envie de communiquer et ses difficultés de déplacement, dans et au dehors de son territoire…
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