Vous tournez à la Réunion “Les mariées de l’Île Bourbon”. Qu’est-ce qui vous a donné envie de tourner ce film ? Euhzan Palcy - L’idée originale est de Jacqueline Cauet, avec laquelle j’ai co-écrit le scénario. En premier lieu, c’est une fiction qui se passe à La Réunion. En tant que domienne, je me sentais une proche de cette histoire, mais je ne connaissais pas La Réunion. D’autre part c’était un challenge d’installer les destins croisés de ces trois femmes arrivant dans ce territoire, dans cette société encore à construire, dans ce pays neuf. L’une est malgache, déjà présente dans l’île, et deux autres débarquent, chacune avec son histoire antérieure. Elles doivent se construire ou se reconstruire en même temps qu’elles participent à la construction de cette société neuve, où tout est à faire. Cependant le film n’est pas un documentaire sur le peuplement initial de la Réunion, même s’il s’inspire de faits historiques.

Sur le thème des “Noirs que personne ne semble vouloir entendre” la Réunion que vous découvrez change-t-elle votre regard ? Euhzan Palcy - A sa naissance, ici, cette communauté est déjà métissée, et ce avant le début de l’esclavage. Cela fait une grande différence par rapport à la Martinique, où il battait déjà son plein. Et puis ce sera un hommage au peuple malgache, dont la place dans la constitution de la société réunionnaise n’est peut-être pas assez reconnue. Je trouve important qu’une communauté se reconnaisse dans ses origines métisses, le film permettra d’exprimer cela.

Que pensez-vous de notre ambition de créer ici une activité de production audiovisuelle et cinéma ? Euhzan Palcy - Pour moi c’est indispensable. Je suis pour que les peuples soient les auteurs de leurs propres images. Sinon ce sont d’autres regards, venus de l’extérieur, qui construisent notre image et nous la renvoient. L’image est un outil formidable d’éducation et d’émancipation, donc produire soi-même ses images est une démarche essentielle. Un peuple qui n’a pas d’image disparaît, il ne fait qu’absorber les images venues du dehors. Pour cela le mieux est de commencer par le documentaire et le court-métrage, c’est une superbe école. Moi, j’aime le documentaire, parce que c’est la réalité, elle est exigeante. Et on peut “éterniser” quelque chose. C’est ce que j’ai essayé de faire avec “L’ami fondamental”, l’histoire de la dernière rencontre entre Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor..
Euhzan Palcy est reconnue comme une réalisatrice avec qui il est agréable de travailler. “J’aime que mon équipe reflète les idées que je défends dans le film en cours Et j’aime que le techniciens applaudissent les comédiens...”
Sur sa conception du cinéma : “J’ai appris le cinéma en France, et après dix ans d’expérience aux USA, j’ai pris le meilleur du professionnalisme des deux univers. Sur le fond, je cherche à retrouver l’universel dans chaque histoire, je n’aime pas le cinéma de ghetto.”
Et sur son prénom original : “Mon grand-père, qui avait étudié les langues anciennes, l’avait composé pour moi. La racine eu pour bien (comme dans euphonie), et zêin pour vivre : belle vie, ou vivre bien. J’ai mis du temps à aimer ce prénom...”
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