La vraie révolution n’est peut-être pas dans les ordinateurs, mais en face, dans les esprits et les manières de travailler de ceux qui ont conçu les programmes.
Le réseau, soudain, n’est plus une simple notion technique, mais devient synonyme de partage : partage de données, de savoir-faire, mise de la technologie au service d’innombrables domaines qui vont de la science pure et dure à l’écologie, à la protection des paysages, au tourisme, aux arts…
J’ai la guitare qui me démange…

Un exemple grand public, pour vous donner une idée : E-guitare. Nous avons déjà parlé de cette application dans de précédents numéros. Développée depuis 2003, elle en est aujourd’hui à la version DVD + Internet. Principe : vous faîtes jouer un morceau (musique locale ou grand classique) sur votre ordinateur.
S’affichent en même temps la partition et la tablature. Vous pouvez faire rejouer en boucle tel ou tel extrait du morceau (histoire de bien voir où placer vos doigts), ralentir l’interprétation du professeur et surtout, vous avez le choix entre cinq ou six angles de caméra, qui montrent en détail la main droite ou la main gauche du guitariste ou qui regardent par-dessus son épaule.
Dans la version Internet, pour l’instant expérimentale, l’élève peut filmer son propre travail avec sa Webcam et poser des questions sur un passage précis ou sur toute la pièce en direct ou en différé au professeur, qui répond lui-même avec images à l’appui.
Ce projet est typique du travail pluridisciplinaire développé depuis plusieurs années à l’Université. Le nœud créatif est l’IREMIA (Institut de Recherche en Mathématiques et Informatique Appliquées), créé en 1989 par Pierre Gigord (http://iremia.univ-reunion.fr) : sous une apparence ludique se cache une rigueur scientifique au carrefour de plusieurs domaines (informatique, musique, pédagogie, ergonomie) au service de l’imagination sur un plateau de créativité.
Si c’est la guitare qui a servi de premier exemple, c’est parce que les initiateurs du projet (Noël Conruyt, Olivier Sébastien) sont des élèves de Patrick Sida et David Hoarau du Conservatoire National de Région. Mais on pourrait appliquer le même moteur à l’apprentissage de la trompette, de la danse, du sport, de la poterie…
Ne manque que la dernière roue de la charrette : l’IREMIA n’est pas encore parvenu à sensibiliser un éditeur à son produit. N’est pas vendeur qui veut.
Mais il existe bien des spécialistes de la question, qui pourraient prendre en main un bébé aussi prometteur pour l’exporter à l’international ! Signalons que la version 1 a fait l’objet d’une édition de test en DVD non commercial, et que la version 2 est bien meilleure suite aux retours des utilisateurs.
Des bases de connaissances universelles
IKBS pour Iterative Knowledge Base System : ce projet est un des premiers grands chantiers lancés par l’IREMIA en 1994. Pour résumer, IKBS est un générateur de bases de connaissances, aux possibilités bien plus riches qu’un système de gestion de bases de données. Car en plus du stockage, du tri et de la recherche multicritères, on peut décrire, structurer et classifier les données sous forme de classes d’objets, et en extraire des règles qui serviront à l’identification de nouveaux objets.
Notamment, elle peut s’appliquer à des domaines dont les connaissances évoluent fortement. L’outil IKBS sert à plusieurs projets qui rayonnent largement hors de l’Université.
Par exemple, la base de connaissances sur les coraux des Mascareignes, développée en relation avec des experts français, est en train de devenir un outil de référence pour identifier les espèces à partir d’examens simples d’échantillons conservés dans les musées ou de photos prises in situ.
Un outil qui permet aussi bien des applications scientifiques très pointues que des usages grand public ou pédagogiques.
Le système IKBS peut évidemment s’appliquer à bien d’autres domaines de gestion des connaissances : faune, flore, médecine, prévision cyclonique, tourisme, ce ne sont pas les idées qui manquent.

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