Le premier constat, en interrogeant les entreprises, est la haute conscience qu’elles ont d’appartenir à une filière ou, du moins, un corps de métiers soudé par la technologie. Certes, le terme “TIC” reste flou, mais sur le terrain, on se rend vite compte des difficultés communes... et de l’intérêt d’unir ses forces : de plus en plus d’entreprises travaillent en partenariat. Autre caractéristique du secteur : sa rapide évolution, pas toujours facile à gérer. Ajoutons que le marché de La Réunion est restreint, et souvent verrouillé par les principaux acteurs, ce qui accentue la difficulté à s’y tailler une place. Dans ce contexte, la concurrence est parfois farouche, ce qui est jugé défavorable à la santé de la filière. Néanmoins, les difficultés se dissipent, grâce à une professionnalisation des acteurs et une “éducation” de la demande, plus exigeante, mais aussi sachant mieux estimer les compétences. La filière s’assainit dans le même temps, à la fois par la volonté de partenariat de plus en plus affirmée par les acteurs, et le soutien et la volonté de développement mis en pratique par les institutions locales. Synergies entre institutions, entreprises, clientèles, qui permettent une mutualisation des moyens, sur des projets complémentaires.
Ces partenariats notamment favorisés par les opérateurs de téléphonie mobile, des associations comme l’ARTIC, l’ADCAM, la Technopole, l’ILOI apparaissent de plus en plus comme un véritable levier pour le marché. Au-delà, les aides publiques (à la création d’entreprise, à l’investissement, à l’embauche, à des projets) jouent un rôle essentiel, et sont favorablement accueillies par tous, malgré certaines limitations (lourdeur, complexité). Il subsiste en revanche des freins. Le premier, relevé par presque tous, est l’accès encore trop cher au haut débit, à comparer avec des débits jugés très médiocres : un handicap à l’export. Qu’est-ce qui incite à se lancer dans une création d’entreprise TIC ? Souvent, le sentiment (pas toujours justifié) d’un créneau non occupé. Ce qui engendre parfois des déboires : mauvaise estimation du marché potentiel, ou des contraintes liées à la gestion. D’où des démarrages parfois laborieux, voire des échecs : les premières années sont les plus périlleuses. Au-delà, quand l’entreprise se fait sa place et se développe, elle est souvent confrontée à des choix : diversifier ou s’ancrer dans son savoir-faire “historique” ? La saturation du marché incite de plus en plus d’entreprises à l’export, seules ou en partenariat : imagination et dynamisme...
Mauvaise préparation à la gestion d’entreprise,
Une concurrence parfois sauvage sur un marché étroit et isolé,
Un manque de technico-commerciaux performants,
Une concurrence de plus en plus présente des pays “low cost”,
Un contexte professionnel et des technologies qui évoluent sans cesse,
Le coût trop élevé des télécommunications, notamment l’Internet haut débit,
Les débits Internet trop faibles...
Les acteurs se professionnalisent,
La clientèle aiguise ses exigences, et choisit les meilleurs,
Les partenariats se développent,
De nouvelles idées se mettent en place,
L’export s’ouvre,
Les institutions soutiennent la filière,
La filière se structure,
La formation se développe,
L’essor du tourisme et du BTP tirent les TIC vers le haut,
Elles apparaisssent comme un secteur-clé de l’économie locale.

Archirun assure le stockage physique et électronique de documents : un véritable coffre-fort électronique, comme l’affirment ses dirigeants. Seule dans sa profession, seul tiers de confiance, l’entreprise a pu démarrer grâce à une subvention publique, et envisage d’agrandir ses locaux (2500 m2 à la Technopole), d’embaucher localement et d’étendre ses activités à Maurice. Ses regrets : les tarifs trop élevés et les débits trop faibles à La Réunion, qui rendent les entreprises fragiles face à la concurrence internationale, la lenteur de développement du marché TIC...
Pour donner une dimension qualitative à l’enquête globale sur la filière, et aider les décideurs à mieux comprendre les attentes et les espoirs des entreprises, IPSOS a procédé à 17 entretiens en mars-avril 2006, auprès d’entreprises de la filière en phase de création, de développement ou de cessation. Ce sont de petites unités (une moitié emploie moins de 5 salariés, l’autre de 5 à 10 salariés) et elles représentent l’essentiel des activités de la filière : services informatiques, production audiovisuelle, multimédia, gestion de bases de données, commerce électronique. La convergence de leurs avis a permis de résumer la “pesée de la filière”, même si chaque entreprise est un cas particulier.

Otébiyé est une centrale de réservation de spectacles. Cette société de gestion de billetterie informatique s’est créée grâce à une subvention Région-Europe, et s’est développée grâce à sa réactivité, un remarquable réseau de vente sur toute l’île, et la vente à distance : téléphone, Internet (avec paiement sécurisé). Un système qui ne laisse la place à “aucune faiblesse”, selon ses dirigeants. Sauf que, comme dans l’ensemble de la filière, on regrette les tarifs Internet : Otébiyé doit faire 15 raccordements et ça coûte cher... Objectifs : aller de l’avant et conquérir de nouveaux marchés, par exemple Mada ou l’Australie...

Concurrents ou complémentaires ? Média Nova et EdiCarte Réunion partent d’une idée commune : associer un mini CD-Rom (dans le cas de Média Nova) ou un mini-DVD (dans celui d’EdiCarte) à un produit imprimé. Mais les produits finaux sont très différents : un “livre multimédia” pour Média Nova, CD contenant 90 pages illustrées, un diaporama et 3 minutes de film ; une véritable carte postale pour EdiCarte, inspirée d’un modèle qui commence à faire fureur en métropole, avec ses 20 grammes (s’expédie au tarif postal normal) contenant textes, photos, sons, films. Ces produits pourraient contribuer à relancer le tourisme, pour des cibles qui vont de la famille (pour montrer le pays aux relations lointaines) au touriste, mais aussi aux entreprises et institutions, qui pourraient être intéressées par ces supports d’un nouveau temps. EdiCarte se veut “communicant en patrimoine”, Média Nova insiste sur son “concept créateur”.

Gonabee est une agence créative de développement multimédia sur Internet, de création de CD-ROM et de bornes interactives, qui s’est créée il y a trois ans. Une jeunesse encore considérée comme un handicap : il faut du temps pour apprendre à gérer, et surtout pour se faire un nom auprès de la clientèle. Mais l’équipe est réactive : elle se remet sans cesse en question et envisage de compenser la faiblesse du marché local par l’exportation, au travers de relais partenaires à l’étranger. Objectif : augmenter l’activité export de 40 %.

Réunix et Kaliyon sont deux entreprises informatiques nées grâce aux aides Projet Initiative Jeune (PIJ).
Kaliyon est spécialisé dans le service web, la vente et le dépannage, Réunix est une société de service en informatique sur les logiciels libres.
Les dirigeants de ces deux jeunes entreprises sont parfaitement conscients d’appartenir à une filière, dynamique, mais encore bridée par des contraintes. Leurs forces, estiment-ils, résident dans leur souplesse d’intervention et la proximité avec la clientèle, leurs faiblesses sont l’éloignement (toujours le prix du haut débit !) et encore quelques péchés de jeunesse côté commercial et gestion. Mais l’avenir est serein : si Reunix reste en position d’attente, Kaliyon, après un an seulement d’activité, envisage d’embaucher...

Installer une webcam dans sa case (août 2002)
Spécial e-tourisme, un milliard d’internautes, un e-tourisme qui progresse vite : il est temps de se brancher (juin 2006)
Moins peur des administrations (avril 2007)
Les Cybercases du Nord (novembre 2005)
Sports-pays et TIC (octobre 2005)
Exporter grâce aux TIC (novembre 2008)
Voir et entendre sur le Web (août 2002)
Les autres usages de la webcam (août 2002)
Réussir une expo numérique (novembre 2002)
Quel avenir pour notre filière TIC ? La Réunion dans le système-monde (septembre 2006)