Protel NEWS numéro 133, janvier 2010
Soutien à la production audiovisuelle, cinématographique et multimédia
2010 : attention, les règles changent !
Après huit années de soutien à la production audiovisuelle, cinématographique et multimédia à La Réunion, la Région vient de faire le point sur l’efficacité de ses aides.
Et de décider certains ajustements, en accord avec la profession.
Les décors naturels de La Réunion sont un atout non négligeable en matière de fictions comme de documentaires. Ici, une photo de repérage de Boucan-Canot, prise en prévision d’un documentaire sur le surf et les sports de mer. (Myrose HOAREAU Productions).
Le bilan
Depuis son démarrage en 2000, le Fonds d’aide régionale à la création audiovisuelle a engagé plus de 7.5 millions d’euros, qui ont servi de soutien financier à 143 projets de production (plus des dizaines de projets d’écriture et de développement) : courts-métrages, documentaires, téléfilms, longs-métrages, films d’animation, programmes multimédia, captation d’événements, magazines.
Le résultat de ces investissements a été une dépense locale importante, représentant 4,26 euros pour 1 euro investi par la Région (ce qui est très supérieur aux taux constatés dans les autres régions, où cet effet levier n’atteint que 2 pour 1 pour les téléfilms et 1 pour 1 pour les oeuvres cinématographiques. Le bilan apparaît donc satisfaisant, mais l’expérience (et la crise) imposent des ajustements…
L’étude d’impact
Une étude d’impact a été confiée en 2008 à l’IDATE, qui a fait les constats suivants :

Le fonds a contribué à la création d’emplois, à la structuration de la filière et à la professionnalisation des intervenants, mais la filière, qui n’a pas atteint la taille critique, reste fragile.

La crise économique a freiné la développement des productions locales,

Celles-ci ont en outre du mal à trouver un marché hors de l’île (bon nombre d’oeuvres ne bénéficient que d’une diffusion sur une chaîne locale, ce qui limite leur rentabilité),

Les atouts de l’île et la compétence de ses professionnels sont trop peu connus de la profession, à l’échelle nationale ou internationale.
« Pique-Nique chemin volcan » crédit France Maxique Cinéma.
Trois axes, quatre priorités
Forte de ce constat, la collectivité a décidé de réorienter ses aides selon trois axes prioritaires :

Soutenir en priorité les oeuvres qui créent de l’emploi,

Accompagner la filière en améliorant l’animation (notamment à travers l’ADCAM) et la formation,

Améliorer le pilotage de la politique (mieux veiller à l’impact des aides) et le traitement des dossiers.
Le tout en restant dans une enveloppe financière à peu près constante.
Les priorités de la politique régionale ont été reformulées :

Développer une filière économique
durable, pourvoyeuse d’emplois locaux et
exportatrice,

Promouvoir une
culture de l’innovation,

Encourager les initiatives porteuses d’une dimension à la fois
économique et culturelle,

Valoriser
la culture et l’identité réunionnaises.
Une réorientation sensible…
Schéma du circuit d’instruction d’un dossier d’aide à l’audiovisuel.
Un des objectifs de la direction TIC est de raccourcir les délais de traitement de ces dossiers. En effet, de nombreux cas de figure montrent que les demandes sont souvent faites pour des productions dont la diffusion est programmée à trop brève échéance pour que le dossier puisse être instruit convenablement.
Or, il n’y a pas que l’instruction proprement dite : en amont, il y a pré-instruction, en aval de la décision, la signature de la convention ou de l’arrêté, qui permet le versement de l’avance. Autant de démarches qui nécessitent un suivi rigoureux des dossiers entre les différents services concernés : ADCAM (examen préalable des dossiers), différentes directions de la Région. L’objectif 2010 est de raccourcir les délais tout en instaurant un suivi plus rigoureux, gage du bon usage des deniers publics…
Ce qui change : accompagnement et formation
Un des constats de l’étude est que, dans un domaine où le relationnel et les réseaux jouent un rôle capital, il est essentiel, d’une part de faciliter l’information entre les acteurs de la filière locale, d’autre part de mieux faire connaître celle-ci à l’extérieur (métropole, monde francophone).
Ce sont là les missions de l’ADCAM, qui sont ainsi confirmées : renforcer
l’animation de la filière et la veille stratégique, valoriser les connexions avec d’autres secteurs de l’économie (notamment le
tourisme), mettre en oeuvre des
actions collectives et du marketing direct (présence sur les festivals et les marchés, visites de professionnels à La Réunion…), développer des outils pratiques favorisant
l’accueil de tournages (bureau d’accueil, guide pratiques, accords tarifaires avec les prestataires locaux…)
Par ailleurs, la nécessité d’un renforcement de la
formation s’est fait sentir, notamment dans certaines domaines-clés : monteurs, techniciens de posproduction, administrateurs de production…
Ce qui change : côté entreprises
L’étude a montré que les professionnels eux-mêmes doivent progresser :
se spécialiser (ce qui passe par une structuration de la filière et des métiers), améliorer la
qualité des oeuvres produites, capacité à réaliser pour des
marchés extérieurs à La Réunion, capacité à
mobiliser plusieurs diffuseurs…
Ce qui change : les niveaux d’aide
Rien ou presque n’avait été modifié que depuis huit ans, or les coûts ont considérablement grimpé, et l’expérience a désigné certains secteurs prioritaires, parmi lesquels la fiction cinéma et les téléfilms pour les télévisions francophones. Il fallait aussi ajuster la politique régionale avec celle des autres régions françaises et les règles du CNC.
En conséquence, le plafond des subventions passe de 25 à 35 %, dans une fourchette allant de 1200 euros par minute pour les documentaires TV à 3000 euros pour les films d’animation ou de cinéma. Les nouveaux médias (séries pour l’Internet ou les mobiles, DVD interactifs) sont également pris en compte.
Ce qui change : les procédures
Les procédures vont être simplifiées et accélérées, mais en même temps, la mesure de leur impact sera plus rigoureuse. Notamment, il sera demandé, au moment du solde des aides, que les comptes de production soient
certifiés par un expert comptable. Il est également prévu de créer un
Observatoire de la production audiovisuelle qui permettra de mesurer plus finement et surtout plus rapidement l’impact de la politique régionale sur la filière, et donc de l’adapter. D’ores et déjà, les critères d’éligibilité des dossiers seront plus sélectifs. On peut en consulter la liste et obtenir toute informations sur :
www.adcam.org ou
www.tic.regionreunion.com
Les premières Rencontres de l’ADCAM, du 30 novembre au 2 décembre, ont été une occasion de rencontres fructueuses entre professionnels de métropole et de La Réunion.
Pour commencer parles bases, l’ADCAM avait invité cette année les scénaristes Sandro Agénor, Anne Landois et Vincent Lambert, auteurs de nombreux films.
De gauche à droite : Mathias REYNAUD (Adcam), Robert GAUVIN, écrivain, Nicolas DOYARD (Ambassade de France à Prétoria), Vincent LAMBERT (Scénariste), Miera Damasy SAVY (Rép. Des Seychelles), Anne LANDOIS (Scénariste), Judith DALERY (Adcam), Patrick LAMASSOURE (Film France), Françoise KERSEBET (Adcam), Laza RAZANAJATOVO (scénariste) et Rémy TEZIER réalisateur. Crédit René-Paul SAVIGNAN