Raymond Lauret, Marcel Dijoux et les nouvelles technologies sportives.
"Gardez-nous la glorieuse incertitude du sport !"
Voici un domaine où, pourrait-on penser, l’effort du sportif seul compte, débarrassé de la pollution électronique : la pureté ! Pourtant un regard vers la Formule 1 ou la course au large nous montre que les TIC sont déjà dans le sport. Comment évaluer cette percée ? Quelle est sa réalité à La Réunion ? Pour le savoir, PROTEL NEWS est allé à la rencontre d’un praticien et d’un élu : Raymond Lauret, Conseiller régional et Marcel Dijoux, ancien arbitre de Hand-ball et président de l’ORESSE (Office réunionnais des échanges sportifs et socio-éducatifs).
Quelles sont selon vous les attentes du monde du sport à La Réunion en matière de TIC ?
M.D. : Par essence, le sport, c’est le monde physique, palpable, et le monde du sport ne s’est pas précipité sur le virtuel.
D’autre part le sport n’échappe pas au sort commun des activités humaines : la circulation plus rapide des données entre les intervenants permet d’améliorer l’efficacité, et de faire des économies. Ainsi certaines fédérations ont déjà pris le pli de la messagerie électronique pour échanger avec les ligues.
Quelques ligues à la Réunion ont leur site Web, qui sert de relais d’information pour les clubs et les sportifs individuels : statuts et décisions, calendriers des compétitions, mais aussi - comme c’est le cas pour le hand-ball pas exemple - outils pédagogiques pour la formation des entraîneurs. Cela peut paraître encore confidentiel, mais nous sommes obligés de nous y mettre.
À côté de ces applications somme toute administratives, il y a des usages plus directement intégrés à la compétition...
R.L. : Oui, elles sont de deux ordres : l’aide à la performance, qui s’adresse au concurrent pendant la compétition, et l’aide à l’arbitrage. Et dans les deux cas, la question fondamentale, pas seulement à la Réunion, est la suivante : comment fixer la limite de l’intrusion de ces moyens techniques quasiment instantanés ?
Le sport, activité de la personne, de l’émotion et du respect de l’autre, ne risque-t-il pas d’en sortir défiguré ? Lorsque Sébastien Loeb refuse la victoire au rallye de Grande-Bretagne en raison du décès de Michaël Park de l’écurie Peugeot, il met à mal le règlement pour rester un vrai sportif, qui se bat à la régulière et ne veut pas gagner dans n’importe quelle condition.
Où allons-nous si l’arbitre n’a plus de possibilité d’erreur, si le champion cycliste devient l’esclave de son oreillette, au bout de laquelle le harangue de loin son entraîneur, si c’est une obscure machine qui dicte la juste justice ?
Si la codification devient telle - la balle de tennis filmée à un millimètre sur la ligne - alors où est la noblesse de la victoire ?
Mais y a-t-il d’autres moyens de distinguer le meilleur si l’arbitrage peut se tromper ?
M.D. : Dans certains sports, il faut un écart de deux points pour être désigné vainqueur. C’est le cas du tennis, justement, du volley, du tennis de table. Mais ce n’est pas la généralité. C’est en tous cas préférable au traitement automatique, où d’ailleurs l’erreur humaine serait potentiellement remplacée par l’erreur technique.
R.L. : Il faut que l’arbitre reste une personne faillible parmi d’autres personnes faillibles, sinon où est la dignité du sport ? Il faut des sportifs mieux formés, pas des meilleures techniques pour s’exonérer de l’erreur, qui est joliment humaine. Après tout l’enjeu n’est pas celui d’une guerre !
M.D. : C’est pour cela qu’il existe un suivi des matches : une personne neutre placée dans le public prend des notes qui permettent ensuite d’évaluer la prestation de l’arbitre. Mais la technologie n’est pas d’aujourd’hui : cela fait longtemps que les fleurets de nos escrimeurs sont électriques, ici comme partout ! Mais - est-ce un hasard ? - les compétitions dans les sports de combat comme le judo et le karaté sont peu touchées.
Et dans les sports collectifs ? M.D. : En compétition, les joueurs ne sont pas “équipés”, et le spectateur est peu touché : il y a les grands écrans qui diffusent des gros plans et des ralentis, parfois sources de débats. N’a-t-on pas dit que le score du dernier Bordeaux-Lyon était de 1 partout et 4 pénalités non sifflées ? D’autre part, il existe un autre domaine où la question se pose différemment : celle de la sécurité. La balise ARGOS pour la course au large, ou la détection automatique de l’usure anormale d’un pneu en F1, sont des usages sur lesquels on n’hésitera pas.
Le sport n’en est-il pas malgré tout transformé ? Tous ces moyens ont un coût. M.D. : Au plan de l’égalité entre les concurrents, on a vu en effet la réglementation s’opposer à la technique et revenir sur des innovations : il y a eu le tamis à double nappe de cordage pour le tennis, le moteur turbo compressé en Formule 1. D’autre part, on observe que les TIC entrent davantage dans les sports ou beaucoup d’argent est en jeu, et où les points sont donc chers. Lorsque c’est le cas, le sportif n’est plus seul dans son effort, mais fait partie d’une équipe technique parfois nombreuse. Clairement, il est alors plus difficile de garantir l’égalité des chances. Le sport individuel est devenu un sport d’écurie !
Verrons-nous bientôt les concurrents du Grand Raid recevoir par radio de leur PC de course des informations et des consignes ? M.D. : On ne peut pas l’exclure ! R.L. : Laissez-nous la glorieuse incertitude du sport ! Propos recueillis par J-F. Rivière.
Quand on parle de TIC et de sports, on pense d’abord aux outils technologiques qui permettent de communiquer avec son équipe (ou plutôt son écurie, comme le dit justement Marcel Dijoux) ou de recevoir des informations stratégiques : la fameuse oreillette et tous les appareils qui permettent de savoir où en sont les concurrents, quel temps il va faire, etc.
Mais les TIC vont bien plus loin, et s’aventurent notamment en amont de la compétition, pendant les entraînements et la préparation des sportifs (et de leurs accessoires éventuels).

Par exemple, la capture électronique des mouvements (motion capture) permet aux athlètes de travailler le “mouvement parfait” (course, saut, golf...) pour gagner quelques centièmes de seconde ou quelques centimètres. L’analyse des mouvements sur ordinateur permet même de mesurer leur rendement (vitesse des balles au tennis...) et leur efficacité. Elle fait appel à des capteurs optiques placés sur le corps des athlètes, mais aussi à des capteurs électroniques. Les informations transmises aux ordinateurs par ces appareils (par ex. ceux utilisés au CURAPS) permettent à la fois d’améliorer le mouvement des humains et de copier ces mouvements vers des personnages virtuels, ce qui ouvre vers... la simulation et le jeu !
Les technologies d’évaluation du geste sportif et d’amélioration vont des très professionnelles aux premières applications grand public. Il faudra par exemple que vous soyez un club riche pour vous payer “l’armure” de captage complet des mouvements (20 000 euros) et les logiciels qui traitent l’information. Mais pour quelques dizaines d’euros, n’importe quel jeune peut se faire offrir (bientôt Noël !) le tapis de danse ou les “pads” capteurs de mouvement qui lui permettront de sautiller comme sa vedette préférée ou d’apprendre les mouvements de base du kung-fu (pas trop près de l’écran, quand même !) Voici qui inaugure une nouvelle manière d’aborder le sport. Et si elle amène plus de jeunes sur les stades (parce que c’est quand même mieux de se frotter à un adversaire en chair et en os), pourquoi pas ?
Adresses :
Capteurs de mouvements : www.innsports.com, www.motionanalysis, www.peakform, www.skilltechnologies, www.ptiphoenix...
Matériels “pro” : www.metamotion.com
Produits “grand public” et jeux : www.sports-motion.com, www.bodypad.com et vendeurs en ligne comme Nomatica (mais aussi chez votre marchand de jeux habituel à La Réunion).
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